Crise des œufs contaminés : les professionnels de la filière redoutent une casse de la confiance

Le 20 juillet dernier, les autorités belges ont informé la Commission Européenne via le Réseau d’alerte européen, le RASF, de la présence de fipronil dans des œufs et dans la viande de volaille, au sein de différents ateliers de production de leur pays. Au total, ce sont, à ce jour, 17 pays européens, dont la France, ainsi que Hong-Kong et la Corée du Sud, qui ont signalé la présence d’œufs contaminés sur leur territoire.

Début juin 2017, la Belgique découvre sur le signalement d’un exploitant qu’une entreprise néerlandaise, ChickFriend, a revendu des traitements pour les poules contre le pou rouge à base de fipronil. Les autorités indiquent avoir détecté la présence de fipronil dans des œufs et dans la viande et déterminent comme source un anti-parasitaire interdit en France, le DEGA16. C’est le début d’une crise européenne.

En effet, la Belgique et le pays-Bas comptent parmi les plus gros exportateurs d’œufs du continent et plusieurs centaines de milliers d’œufs contaminés en provenance de ces pays ont été mis en vente pour le seul territoire français depuis avril, souvent sous forme d’ovoproduits destinés à être transformés. Les produits présents dans ces établissements ont été bloqués pour être analysés puis détruits et des enquêtes de traçabilité visant à déterminer les lieux de distribution sont en cours.

Des millions d’œufs et de poules ont ainsi été détruits en raison de l’usage frauduleux d’un insecticide et anti-parasitaire interdit dans les élevages de poules pondeuses par un règlement européen du 14 août 2013, le firponil. Ce produit, connu pour sa haute toxicité sur les abeilles, est pourtant classé modérément toxique par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et sans danger pour l’Homme dans des conditions normales d’utilisation par l’AFSSA et l’AFSSE (rapport de 2005). L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) ainsi que le RIVM, son homologue néerlandais, affirment d’ailleurs que les œufs contaminés peuvent être consommés en toute sécurité même si, par principe de précaution, ils sont retirés du marché. L’AFSCA affirme également que seuls des œufs provenant des Pays-Bas et portant le code NL font encore, à ce stade, l’objet de rappels et que les œufs provenant d’autres pays ne posent pas de problème. Les produits à base d’œufs et de viande de poulet seraient également parfaitement sûrs.

Si, fort heureusement, il n’existe aucun risque pour l’Homme, quels peuvent être les répercussions de cette « affaire des œufs contaminés » ?

Loïc Coulombel, président du syndicat national des industriels et professionnels de l'œuf (SNIPO), s’inquiète d’une possible désaffection du consommateur français vis-à-vis de l’œuf. Tout comme le Comité national de la promotion de l'œuf (CNPO), l’interprofession des œufs, il se veut rassurant, soulignant l’absence de risques pour la santé des consommateurs. Car plus que tout, ces professionnels redoutent l’amalgame entre cette fraude située à l’étranger et n’étant arrivée en France que via des œufs ou des ovoproduits importés, et la production française.

Pour la Confédération paysanne, c’est d’ailleurs l’occasion de mettre en avant la qualité de la filière paysanne française.

Même son de cloche pour Philippe Juvain, responsable du CNPO : « Nous voulons rassurer le consommateur et lui dire qu'il faut impérativement acheter des produits français ».

Peut-on se passer des œufs produits ailleurs en Europe ? Pour Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), «les usines s'approvisionnent en priorité dans les pays du nord de l'Europe, essentiellement la Belgique et les Pays-Bas, car ils coûtent moins cher». Or, ce sont justement de ces pays que provient la crise actuelle.

Alors que le gouvernement vient de promettre 5 milliards d’euros d’investissement pour l’agriculture dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation qui se tiennent actuellement, nul doute que les aviculteurs auront à cœur de faire entendre leurs revendications, dans l’intérêt de notre santé !