Georges BOUCHARD, délégué général de l'Association Française du gaz

  • Pouvez-vous nous présenter l’AFG, son rôle et ses principales missions ?

L’AFG est le syndicat professionnel du gaz qui, à ce titre, adhère au MEDEF. Nous sommes une vieille institution créée en 1874. Nous étions, au début, plutôt une société savante. De là, découle un double héritage : nous avons des adhérents personnes physiques et avons à cœur de diffuser beaucoup d’informations par des actions de communication.

Nous sommes un syndicat classique  avec des activités classiques. Nos missions visent à promouvoir   en France le gaz (tous les gaz combustibles : gaz naturel gaz de pétrole liquéfié, biométhane), et l’intérêt de nos membres. Nous avons beaucoup travaillé sur la loi de transition énergétique et sommes engagés dans la préparation des futures échéances, notamment l’élection présidentielle. Cette dimension de lobbying est récente pour nous, à peine 15 ans, en parallèle de l’ouverture à la concurrence.

Au-delà de ces activités, nous  menons depuis longtemps des activités techniques. Ces activités font que nous sommes reconnus par les pouvoirs publics comme un interlocuteur expert sur les questions de sécurité et de prévention. Nous contribuons donc à l’élaboration des textes législatifs et réglementaires.

Nous sommes très investis dans le Bureau de Normalisation du Gaz qui est sous la tutelle de l’AFNOR mais que nous faisons vivre. L’AFG dispose également de deux filiales opérationnelles. L’une, Certigaz,  est partagée avec l’AFNOR : elle exerce une activité de contrôle par tierce partie à propos de l’utilisation des normes NF et du  marquage CE. L’autre, CFAFG, propose aux professionnels, généralement issus de la filière gazière, de la formation professionnelle continue. La formation est importante pour nous et c’est une histoire ancienne puisque nous nouons depuis 40 ans un partenariat avec l’Ecole des Mines de Paris, autour d’un Master spécialisé.

  • Comment se compose votre association et comment parvenez-vous à fédérer vos parties prenantes ?

Nous intégrons des entreprises de tailles différentes (mondiales telles que EDF, ENGIE ou TOTAL ou nettement plus petites comme les ELD, entreprises locales de distribution), des acteurs historiques  existant à l’époque du monopole comme des acteurs plus récents intervenus depuis l’ouverture des marchés (y compris des gaziers étrangers désormais actifs en France).

Par ailleurs, nous couvrons donc l’ensemble de la chaîne : gestion d’infrastructures, fourniture de gaz, ingénierie, fabrication de matériel, services énergétiques, … .

  • Vous représentez l’industrie française du gaz en France mais également à l’étranger, quels contacts entretenez-vous avec les autres organisations professionnelles du secteur ?

Nous sommes relativement peu actifs à l’étranger mais adhérons à des organisations et associations internationales.

De 2012 à 2015, nous avions la présidence de l’Union Internationale du Gaz (IGU) dont le Congrès Mondial s’est tenu à Paris en 2015.

Nous adhérons à trois associations européennes,  « Eurogas » (association généraliste), « Marcogaz » (association technique) ainsi qu’à l’ERIG (association consacrée à la recherche).

Il nous arrive de répondre à des enquêtes et des consultations européennes, lancées  par la Commission Européenne ou le régulateur européen, mais cela n’est pas très fréquent : nous préférons contribuer aux travaux des organisations gazières déjà évoquées.

  • A l’heure de la transition énergétique, quelles sont les perspectives de l’industrie du gaz ?

Nous pensons que le gaz à toute sa place dans le mix énergétique. Un de nos enjeux a été d’introduire le gaz, dans un débat  focalisé sur le nucléaire et  les énergies nouvelles.

Le gaz a sa place dans la transition énergétique pour deux raisons.

La première est que le gaz est l’énergie fossile qui émet  le moins de CO2. Chaque fois que l’on remplace une autre énergie fossile par du gaz, on réduit donc les émissions. En outre, le gaz est le complément parfait des énergies renouvelables électriques qui sont  intermittentes et  nécessitent donc  un complément. Le gaz est le complément idéal : les centrales au gaz émettent peu de CO2,  sont peu coûteuses en investissement et  donc économiquement  adaptées à une production non continue et techniquement capables de varier facilement leur puissance ce qui permet aisément de s’adapter aux besoins.

La seconde est  que le gaz commence à avoir une dimension renouvelable avec les injections de biométhane dans le réseau, c’est-à-dire du gaz produit par les déchets. 20 installations fonctionnent en France et quelques centaines sont en projet, avec une ambition posée dans la loi et que nous partageons : 10% du gaz doivent être renouvelables en 2030.

De plus, une autre technique apparait, le « Power to gas », qui permet de stocker de l’électricité sous forme de gaz.  Quand la production d’électricité renouvelable éolienne ou solaire dépasse les besoins des consommateurs,  ce qui arrive déjà de temps en temps en Europe du Nord et qui arrivera de plus en plus souvent au fur et à mesure que cette production augmentera,  on peut utiliser l’électricité excédentaire pour électrolyser de l’eau et ainsi produire de l’hydrogène, qui peut être injecté tel quel dans les réseaux de gaz (jusqu’à un certain taux) ou recombiné avec du CO2 pour produire  du méthane. Cela contribue à fabriquer du gaz renouvelable. Aujourd’hui, la marque Automobile Audi propose ce gaz pour certains de ces véhicules en Allemagne. Cette technologie est encore chère mais les progrès technologiques doivent contribuer à en réduire le coût  aux horizons 2030-2040.

  • Vous évoquez la complémentarité gaz-énergies durables, mais engagez-vous des actions communes ?

Récemment nous avons rencontré le Syndicat des énergies renouvelables, le SER. Nous allons travailler ensemble et il va adhérer à l’AFG.

Avec nos collègues pétroliers, nous avons engagés une action concertée sur les questions fiscales autour de l’assiette de la Contribution aux charges du Service Public de l’Électricité (CSPE).

Par ailleurs, dans le cadre  du MEDEF, nous travaillons avec nos collègues électriciens et pétroliers à l’élaboration d’une plateforme commune  sur les questions énergétiques, qui puisse être audible auprès des pouvoirs publics tout en correspondant  aux intérêts de l’ensemble des membres du MEDEF, qui ne peut pas prendre parti pour une énergie au détriment des autres.

  • Nous nous orientons vers une année électorale riche entre la présidentielle et les législatives, comment comptez-vous vous positionner auprès des candidats mais aussi des citoyens français ?

Nous sommes actuellement en cours de finalisation d’un livre blanc dont nous souhaitons qu’il puisse servir d’interpellation pour les candidats à la primaire. Il s’articule autour de 10 fiches sur 10 sujets d’intérêt général comme les émissions de CO2 ou encore la précarité énergétique. Pour chacun de ces sujets, le livre blanc présente la manière dont le gaz contribue à l’intérêt général et conclut par une proposition, favorable au gaz bien sûr.

Ce livre blanc nous permettra naturellement de communiquer sur nos propositions. En complément à ce livre blanc, nous envisageons, plutôt pour l’année 2017, de solliciter les candidats réellement déclarés pour les interpeller autour de propositions et faire de leurs réponses, des engagements, que nous saurons leur rappeler ultérieurement, après les élections.